On ressent le manque beaucoup plus intensément que l’on ressent le plaisir de la présence, de la satisfaction, de l’épanouissement

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Photo CC par Felix Russel-Saw via Unsplash

Aujourd’hui, je voulais souffrir. Non, non. Cette envie n’est pas apparue à cause de troubles psychologiques ni à cause d’un quelconque masochisme que je pourrais avoir. Cela peut sembler vraiment étrange, surtout dans ces jours d’acclamation du bonheur, lequel se produit parfois au prix de sensations frivoles, forcées ou superficielles. Alors je dois et je peux m’expliquer.

Pour être honnête, j’avoue que je me sentais bien, mais que quelque chose n’allait pas. Le pire c’est qu’il était prévisible que cette chose allait mal se passer. Mais quand la prévision est devenue un fait, le coeur n’était pas préparé. Puis j’ai souffert. Et je me suis rendu compte que même si je souffrais, j’étais heureuse. J’ai rencontré une vieille amie dont je ressentais déjà le manque et qui ne m’avait pas rendu visite depuis un certain temps. Et je confesse : elle m’avait manqué.

Chère tristesse, même souffrant de ta présence, je suis heureuse. Heureuse de cette recontre, car cettte mélancolie me manquait. Cette petite douleur brûlante que seulement toi peut m’apporter et qui me fait réfléchir. Réfléchir, contempler, soupirer, désirer… Je sais. Nous sommes bien d’accord : aucune souffrance n’est nécessaire pour que quelqu’un puisse s’arrêter et réfléchir à propos de sa propre vie, mais il est bien connu que nous ne réflechissons pas dans la gloire. Humains : éternellement en conflit, perdus dans leurs angoisses et guidés par des désirs qui ne doivent pas être satisfaits si nous comptons préserver notre équilibre.

Mes chers, y a-t-il quelque chose de plus authentique que la douleur? Si cette chose existe, elle n’a certainement pas la même valeur pour nos coeurs insensés. Impressionnant que lorsque vous détenez quelque chose, sa valeur n’est jamais trop grande, mais laissez-la partir et vous allez voir la déchirure dans vos poitrines. On ressent le manque beaucoup plus intensément que nous ressentons la joie de la présence, de la satisfaction, de l’épanouissement.

Et s’il n’y avait plus de douleur? Et s’il n’y avait plus de larmes? Et si notre poitrine ne brûlait jamais? Dieu me protège de vivre sans souffrir. Dieu vous protège aussi. C’est dans le chaos que l’on crée. Donnez à un homme tout ce qu’il a toujours voulu et le pauvre sera condamné à la stérilité du non-désir. Le malheureux « heureux » vivrait dans un bonheur constant, fade et inchangé, qui apportera évidemment très peu de bonheur. Cesse l’homme d’exister quand il n’y a plus rien à désirer.

La plénitude n’est pas humaine. La satisfaction encore moins. Cliché, non? Mais c’est grâce aux manques, aux absences et aux pertes que les moments de satisfaction ou d’accomplissement sont si précieux. Quelle valeur aurait un verre d’eau froide au milieu d’un étoufant après-midi d’été si nous n’avions pas soif? Sans doute, la valeur ne serait pas la même.

On dit que quand les dieux veulent nous punir, ils sont cruels : Ils nous concèdent tout ce que nous désirons. Et s’il y a plus rien à désirer, tout ce qui était si cher devient progressivement insignifiant.

Je vous confesse : parfois j’arrive à remercier cette tristesse qui vient me fustiger. Les rêves jamais réalisés nous offrent un plaisir particulier. Ils auraient pu aboutir, mais ce n’est pas le cas. Et si le manque de quelqu’un me tourmente, je sais que le non-manque serait bien pire. Courageusement je dis à la douleur d’entrer sans frapper, de venir quand elle le souhaite et de dévoiler toute sa beauté singulière.

Indéniable que sans la douleur les plus beaux poèmes et les plus bouleversantes lettres d’amour n’auraient pas été écrites, et qu’il n’y aurait pas autant de belles chansons. Que serait-ce « ne me quitte pas » sans la douleur lancinante de Brel  torturé par les « heures qui tuaient parfois à coups de pourquoi le cœur du bonheur » ?

La douleur a ses avantages. Rien n’est craint en elle. Devant la douleur tout est vu et rien n’est attendu. On ne ne craint plus la disparition du bonheur. Rien n’est plus angoissante que la peur de perdre ce que l’on n’est pas en mesure de contrôler. Laissez-la s’évader goutte à goutte jusqu’à sa fin. La douleur n’est pas durable. Alors je m’octroie le droit de fondre en larmes. Au son ou en compagnie de quiconque ayant une poitrine aussi déchirée que la mienne.

 

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Atipique. Rêveuse. Curieuse. Bavarde. Fascinée par l'exotisme. Passionnée de l'art, de la vie et de ses nuances. Pensive. Chanteuse (sous la douche). Citoyenne du monde. Mon rêve : être poliglote. Fan de culture d'enciclopédie et jardinière de temps en temps.

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