Jeune fille au pair en France : échange culturel ou exploitation ?

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Photo CC par Jad Limcaco via Unsplash

Faire un séjour en France, apprendre la langue française en immersion et connaître la culture du pays au sein d’une famille d’accueil. Devenir jeune fille/garçon au pair semble être une opportunité de vivre une agréable expérience d’échange culturel. La promesse d’être pris en charge ayant comme contrepartie la participation aux tâches familiales courantes fait briller les yeux de miliers des jeunes étrangers. Cependant, la réalité n’est pas toujours rose. Certaines familles voient le jeune au pair comme un employé à bas coût. Un cauchemar auquel ces jeunes ne s’attendaient pas.

 « À 7h30 je préparais le petit déjeuner et je le servais à ma mère d’accueil au lit. Je m’occupais de l’enfant avant et après l’école. Je finissais à 21 heures. »

Sarah était une bonne-à-tout-faire : au delà de la garde d’enfant, la jeune faisait le ménage, allait au cordonnier, à la couturière et au bureau de poste. Contrainte de rester à la maison pour recevoir des colis, Sarah ne profitait pas de ses horaires « libres » et ne pouvait pas sortir le soir. « Je n’avais pas de temps pour étudier », affirme-t-elle. D’une voix douce, Sarah*, Brésilienne ex-fille « au pair » à Paris, raconte son calvaire :

« Le pire m’est arrivé à la fin de mon séjour avec eux : la mère est partie en week-end au Maroc, mais elle n’est rentrée qu’au bout de trois semaines. L’enfant est resté avec moi et nous n’avions plus à manger. »

Le jeune « au pair » a un statut particulier, car il est à la fois étudiant et travailleur. Il  travaillera, mais dans un cadre accessoire, car le but de ce programme est l’apprentissage de la langue française. Les annonces à la recherce d’une « au pair » sont nombreux. Selon l’Union Française des Agences Au Pair (UFAAP), plus de 20 000 familles en France ont accueilli une « au pair » à travers d’une agence UFAAP depuis 1999. Sur le site AuPairWorld, leader des entreprises pour le séjour « au pair », des centaines de familles françaises sont en quête d’une « au pair » qui sera « une grande soeur » pour leurs enfants, souhaitant  « quelqu’un pour partager des moments agréables». En mettant en relief des privilèges offerts comme « appartement au centre-ville de Paris », « maison avec jardin et piscine », ainsi que « chambre privée en totale indépendance », ces familles se disent heureuses de pouvoir vivre une telle expérience. Néanmoins, de nombreuses filles témoignent que ce contexte idyllique ne correspond pas aux faits.

Des bonnes-à-tout-faire

Accueillie pendant six mois au sein d’une famille belge à Lille, Mariana Rainha, Brésilienne, 26 ans, diplomée en psychologie, déclare que « toutes les familles ont un beau discours ».

« J’ai eu une famille d’accueil très abusive. Ils espéraient avoir une domestique à bas prix. » Dans son contrat, les tâches prévues concernaient la garde d’enfant, mais cela n’a pas été respecté. « Je faisais le ménage et le repassage, je cuisinais pour tous et je faisais les courses. Je faisais du baby-sitting presque tous les jours. »

La jeune explique que les exigences de cette famille devenaient de plus en plus absurdes. Mariana a dû changer de famille.

« Les enfants avaient des chatons qui ne pouvaient pas être alaités par leur mère malade. La famille a décidé que c’était à moi de les nourrir toutes les deux heures, même pendant la nuit.  Ma mère d’accueil a fait du chantage émotionnel en disant aux enfants que les chatons allaient mourrir parce que je ne voulais pas les nourrir.»

L’Espagnole Paula Diez Martin de 22 ans, « au pair » au Puy-en-Velay jusqu’en mars 2017, affirme qu’elle n’était pas traitée comme  une grande soeur.  « J’étais traitée comme une femme de ménage. En plus, le pére était très agressif. J’ai dû changer de famille. » L’Espagnole est désormais à Lyon. Plusieurs filles tombent sur le piège de familles mal intentionées et finissent par changer de foyer, car les jeunes « au pair » ont la possibilité de troquer de famille d’accueil si le séjour se passe mal.

Les droits garantis

Réglementé par l’Accord européen du 24 novembre 1969  le placement au pair offre d’excellents avantages à la famille d’accueil et au jeune placé, légalement dénomée « salarié d’aide familiale étranger » . La famille doit le loger et le nourrir, lui payer un « salaire mensuel » compris entre 265,50 € et 318,60 € et le déclarer auprès de l’URSAAF. Le jeune doit participer aux tâches familiales comme les petits travaux ménagers et particulièrement la garde d’enfants, sans exceder la limite de 5 heures par jour. La signature d’un accord entre les parties et sa validation par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi (DIRRECTE) est indispensable. Cependant, ce contrat n’offre pas une véritable protection à ces jeunes. Sans la prévision d’amendes ou de sanctions, l’accord prévoit simplement sa résiliation. Un préavis de quinze jours est imposé, sauf en cas de faute grave.

« Je n’avais aucun confort. J’ai survécu un mois à base de kebabs »

Fille au pair à Saint-Didier-au-Mont-d’Or en 2016, Débora Ferrari, Brésilienne d’origine italienne, a vécu un supplice. « C’était horrible. Ils ne me respectaient pas.» Venue en France pour perfectionner son français et pour continuer ses études, la jeune de 26 ans, actuellement biotechnologue à Lyon n’a tenu qu’un mois chez sa famille d’accueil.

« Je me levais tôt pour aller au cours de français. À midi, aussitôt je rentrais je commençais le ménage. Je couchais les enfants et je finissais à 22h.» Débora affirme que sa mère d’accueil l’avait rassurée que les tâches menagères seraient payées à part. Mais cela n’est jamais arrivé.  « Je n’avait aucun confort : pas de télévision, ni d’internet. Ils ne m’achetaient rien hormis le pain sans gluten. J’ai vécu un mois à base de kebabs et avec la nourriture que je volais du frigo. »

Bien faire le choix de sa famille d’accueil

Des histoires similaires, on en trouve des dizaines. La fiscalisation s’avère nécessaire, notamment pour les jeunes ressortissants Européens qui ont libre accès au territoire Français. N’ayant pas l’exigence de présenter un accord de placement signé et validé pour séjourner en France, ces jeunes peuvent tomber sur le piège des familles qui leur proposent de les accueillir sans les déclarer, histoire d’économiser sur les cotisations. Mais si d’un côté on y trouve des jeunes qui ont subi des traitements atroces, d’un autre la réalité est différente. Léticia, Brésilienne diplomée en Droit et ex-au pair à Plaisir, commune située dans la grande banlieue de Paris,  perçoit l’éxpérience comme plutôt positive, en dépit d’une distinction travail / vie personnelle difficile quand les deux aspects se déroulent sur le même lieu.

Un séjour au pair agréable est possible, atteste Camila*, ex-au pair à Paris.

« J’ai été bien accuilli par ma famille. Ils respectaient tout ce qui était conventionné. J’avais du temps pour étudier et j’ai pû perfectionner mon français. Nonobstant, j’ai conscience que je travaillais moins que la plupart des filles, mais j’ai bien choisi cette famille. »

Également, pour Clara*, au pair aux Grangettes, commune dans la région Bourgogne-Franche-Comté, tout se passe bien. L’astuce :  avoir les contactes des anciennes au pair avant de dire oui à une famille. Elles soulignent qu’il faut beaucoup discuter avec la famille d’accueil avant de signer l’accord, préciser quelles sont les attentes de chaque côté ainsi que recuser des propositions qui ne sont pas compatibles avec le but du séjour.

* Prénom fictif

 

 

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Atipique. Rêveuse. Curieuse. Bavarde. Fascinée par l'exotisme. Passionnée de l'art, de la vie et de ses nuances. Pensive. Chanteuse (sous la douche). Citoyenne du monde. Mon rêve : être poliglote. Fan de culture d'enciclopédie et jardinière de temps en temps.

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