DAMIEN DEVOGE PRÉSENTE GAUTHIER, SON PREMIER SPECTACLE

Damien Devoge dans la peau de Gauthier. Lyon, novembre 2018. Crédits : Anthony Mazeau

Dans son premier spectacle en tant qu’auteur et metteur en scène, dans la peau de l’attrendrissant clown Gauthier, Damien Devoge, jeune comédien nancéien basé à Lyon, évoque le rapport entre l’homme et la nature. Un spectacle tout public mêlant humour et magie, plebiscité par le public Lyonnais.  

Ylessa Oliveira. Quel type de clown Gauthier est-il ?

Damien Devoge. Il ne correspond pas à l’image du clown de cirque–acrobate avec une grande fleur et la tarte à la crème. Il n’est pas non plus le clown grotesque, celui qui fait peur. D’ailleurs, cette peur du clown est très commune. Gauthier n’est pas dans ce registre. J’ai eu des retours positifs du public et certains spectateurs m’ont confié que Gauthier les avait réconciliés avec la figure du clown. Gauthier est une petite personnalité rigolote, sympathique et aussi schizophrénique (rires). Il a une mémoire de poisson rouge : même quand il est profondément triste, il peut vite passer à autre chose qui le rend heureux.

Y.O. Comme au moment où son portable se casse ?

D.D. Exactement. Il est réellement malheureux à ce moment-là, mais il découvre une fleur et cela lui fait oublier son portable cassé. Alors, il redevient content. C’est Gauthier.

Y.O. Comment Gauthier est-il né ?

D.D. J’ai découvert le clown au conservatoire de Nancy. Nous avions environ 4h de pratique par semaine, et l’une des étapes par laquelle on devait passer c’était de trouver son clown. Un clown n’est pas comme un personnage de théâtre, il est propre à chaque comédien et lié à sa personnalité. C’était au-fur-et-à mesure des improvisations qu’il m’est apparu. J’ai découvert qu’il était une sorte de caricature de moi-même. Son nom m’est venu spontanément, d’un seul coup. Je n’y ai pas réfléchi, il me paraissait évident qu’il s’appelait Gauthier. 

Y.O. Pourrait-on alors dire que vous l’avez accouché ?

D.D. Presque. Je l’invoque quand j’en ai besoin et il apparaît. Je suis content de retrouver ce personnage quand je joue. Il n’est pas totalement indépendant, pourtant quand il apparaît, il devient autonome et moi, Damien, je ne dirige presque plus rien. J’apprends encore à le connaître et cela demande du travail.


 » Le clown ne ment pas, il est tel qu’il est. Il permet au comédien de connaître ses propres défauts  »

Y.O. Le clown a-t-il des particularités ?

D.D. Le clown ne ment pas, il est tel qu’il est. Il permet au comédien de connaître ses propres défauts. Ceux qu’un comédien peut masquer sur scène, comme un manque de sincérité, de précision ou d’empathie, le clown les révèle tous. Personnellement, je suis un peu brouillon et avec Gauthier cela se ressent. Le clown ne doit pas chercher à faire rire, il lui arrive des choses qui font rire, comme au moment où Gauthier joue avec une chenille et finit par l’écraser. Le public éclate de rire, mais lui est dévasté. Le clown est tourné vers lui, c’est un petit égocentrique et malgré tout, il reste dans l’innocence.

Y.O. Gauthier est un spectacle de clown pensé autant pour les adultes que pour les enfants. Comment avez-vous fait pour toucher ces deux publics si différents ?

D.D. Le clown est un personnage qui appartient à l’enfance. Il évoque l’émerveillement, l’innocence, la découverte… C’est presque naturel qu’il intéresse les enfants. L’idée était qu’un enfant puisse s’émerveiller et qu’un adulte puisse retomber dans l’enfance, et par ce biais s’émerveiller comme un enfant. Certaines séquences sont pensées pour plaire à un petit enfant et d’autres sont conçues pour qu’un adulte puisse s’identifier.

Y.O. Au fur-et-à-mesure que Gauthier découvre les détails et merveilles de la nature, il comprend son fonctionnement et apprend qu’elle doit être respectée. Cette découverte et cet apprentissage transmettent un message. Comment avez-vous fait pour passer ce message évitant l’écueil « moralisateur » de ce genre d’approche ?

D.D.  Je déteste l’approche moralisatrice, notamment dans les spectacles pour les enfants. « Vous voyez ce qui est arrivé au méchant ? Il ne faut pas mentir. » Je ne voulais pas non plus faire appel à la culpabilité des gens. J’ai voulu simplement montrer que la nature n’a pas besoin de nous, mais que nous avons besoin d’elle. C’est à nous de connaître ses codes et de s’adapter à elle, pas le contraire. Ceci n’est pas une leçon. Le spectacle est avant tout une histoire et le public peut en tirer le message qu’il veut. Je le laisse libre.

Lyon, janvier 2019. Crédits : Nicolas Nova

Y.O. Vous êtes l’auteur, le metteur en scène et l’unique personnage de ce spectacle. Ce travail 100 % solo a porté ses fruits. Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

D.D. Un spectacle de clown a besoin d’un énorme lien entre le comédien et le public. La réaction des spectateurs fait rebondir le clown, c’est comme un dialogue. Comme j’étais seul, c’était compliqué d’estimer quelles séquences pourraient provoquer des réactions.  Écrire, faire la mise en scène et jouer en même temps, ce n’était pas facile. Des amis sont venus voir le spectacle pour me donner des conseils pendant sa préparation. Je l’ai également montré à mon ancien professeur de clown l’été dernier. Chacune de ces personnes m’a réconforté et m’a apporté des éléments importants, qui ont été intégrés à Gauthier.

Y.O. Monter un spectacle seul vous a-t-il plu ?

D.D. Oui, évidemment. C’était plaisant de faire mon propre spectacle, j’étais entièrement libre. De toute façon, il fallait que je le fasse, car je ne voulais pas attendre une invitation ou une opportunité pour lancer ma carrière. J’ai décidé de créer moi-même et cela a été très satisfaisant. Après la réalisation de Gauthier, je sais ce que je suis capable de réaliser seul. Les retours ont été prometteurs.

Y.O Quels sont vos prochains projets en tant que réalisateur et surtout en tant que comédien ? Le clown Gauthier reviendra-t-il sur scène dans un autre spectacle ?

D.D. Je veux faire tourner le spectacle. Je souhaiterais aussi le rendre encore plus accessible aux personnes ayant des difficultés d’audition et aux non-francophones. J’espère vivre d’autres aventures avec Gauthier le plus longtemps possible.

Gauthier est un clown toujours pressé par le temps et par le rythme qu’impose la ville. Pris au piège dans son quotidien et la routine, son monde va changer lorsqu’il va atterrir, sans trop savoir comment, dans une forêt remplie d’animaux et d’histoire. Loin de tout ce qu’il connaît, il va découvrir ce nouveau monde avec appréhension, amusement puis avec magie. Plein de tendresse et d’humour, ce spectacle est destiné à la fois aux enfants mais aussi aux adultes. Un spetacle drôle et touchant qui capte l’attention du public du début à la fin. La gestuelle du jeune comédien donne vie à Gauthier et emporte le spectateur dans un monde où l’imagination est libre. Petit ou grand, on s’amuse bien. 

Ylessa Oliveira, ancienne rédactrice au journal Les Clés de la presse, étudiante en Journalisme à l’ISCPA Paris et créatrice de @ParisianKaleidoscope, projet otographique consacré à dévoiler Paris autrement sur Instagram.

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